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Le Christ aux oliviers


Part of a series or song cycle:

Four Poems by Gérard de Nerval


Le Christ aux oliviers

I
Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras,
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats ;
Il se tourna vers ceux qui l’attendaient en bas
Rêvant d’être des rois, des sages, des prophètes …
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : « Non, Dieu n’existe pas ! »
Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
J’ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !
« Frères, je vous trompais : Abîme ! Abîme ! Abîme !
Le dieu manque à l’autel où je suis la victime …
Dieu n’est pas ! Dieu n’est plus ! »
II
« Tout est mort ! J’ai parcouru les mondes ;
Et j’ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie en ses veines fécondes,
Répand des sables d’or et des flots argentés :
« Partout le sol désert côtoyé par les ondes,
Des tourbillons confus d’océans agités …
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n’existe en ces immensités.
« En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite
Vaste, noir et sans fond, d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;
« Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !
III
« Immobile Destin, muette sentinelle,
Froide Nécessité !… Hasard qui, t’avançant
Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
Refroidis, par degrés, l’univers pâlissant,
« Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
De tes soleils éteints, l’un l’autre se froissant…
Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
Entre un monde qui meurt et l’autre renaissant ?…
« Ô mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
Aurais-tu succombé sous un dernier effort
« De cet ange des nuits que frappa l’anathème ?…
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,
Hélas ! et, si je meurs, c’est que tout va mourir ! »
IV
Nul n’entendait gémir l’éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son cœur épanché ;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul – éveillé dans Solyme :
« Judas ! lui cria-t-il, tu sais ce qu’on m’estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché…
Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime ! »
Mais Judas s’en allait, mécontent et pensif,
Se trouvant mal payé, plein d’un remords si vif
Qu’il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites…
Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
« Allez chercher ce fou ! » dit-il aux satellites.
V
C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime…
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !
L’augure interrogeait le flanc de la victime,
La terre s’enivrait de ce sang précieux…
L’univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l’Olympe un instant chancela vers l’abîme.
« Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
Quel est ce nouveau dieu qu’on impose à la terre ?
Et si ce n’est un dieu, c’est au moins un démon… »
Mais l’oracle invoqué pour jamais dut se taire ;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
– Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.

Christ on the Mount of Olives

I
When the Lord, raising his thin arms to heaven
Beneath the sacred trees, as poets are wont to do,
He was for a long time lost in silent agony,
Thinking ungrateful friends had betrayed him;
He looked down at the crowd waiting below -
Folks dreaming of becoming kings, sages, prophets . . .
But sluggish, lost in bestial slumber -
And began to cry: ‘No, God does not exist!’
They slept on. ‘Friends, have you heard the news?
My head has touched the eternal vault,
For days I have suffered, broken and bleeding!
Brothers, I have deceived you: Abyss! Abyss! Abyss!
There is no god at the altar where I am sacrificed . . .
God does not exist! God is no more!’
II
‘Everything is dead! I have traversed worlds,
I flew off course into the Milky Way,
Travelled as far as life, with its rich veins,
Scatters golden sands and silver floods:
Everywhere - a desert lapped by tides,
Chaos in a rough sea of maelstroms . . .
An indistinct breath stirs these roving spheres,
But no spirit exists in these vast expanses.
Seeking God’s eye, I found only a socket,
Immense, black and bottomless, where night dwells,
Seeping into this world and thickening apace;
A strange rainbow surrounds this sombre pit;
Threshold of ancient chaos, where the void is a shadow,
A vortex engulfing our Worlds and Days!
III
Immobile destiny, mute sentinel,
Cold necessity! . . . Chance which, traversing
Dead worlds beneath eternal snows,
Renders the paling universe colder by degrees -
Do you know what you are doing, primeval power,
With your extinguished suns colliding with each other . . .
Are you sure you will pass on the breath of immortality
From a world that is dying to a world that is reborn? . . .
O my father! Is it you I feel within me?
Have you the power to live and conquer death,
Or have you succumbed at the final hour
To that anathematized angel of night? . . .
For I feel so alone as I weep and suffer,
Alas! And if I die, everything will die!
IV
No one heard the eternal victim groan,
As he poured out in vain his heart to the world;
On the verge of fainting and without strength,
He summoned the only one - awoken in Jerusalem:
‘Judas!’ he cried, ‘you know what they think of me,
Make haste and sell me, close the deal:
I am suffering, my friend, laid low on earth . . .
Come, you at least has a criminal’s strength!’
But Judas went on his way, pensive and discontent
That he’d been paid so little, full of keen remorse,
Seeing his baseness graffitied on walls . . .
In the end, it was Pilate alone, Caesar’s look-out,
Who, fearing some pity, turned round on impulse,
And said to his henchmen: ‘Go and fetch this madman!’
V
This was certainly him, this fool, this sublime madman,
This forgotten Icarus ascending heaven once more,
This lost Phaeton cast down by the gods’ thunderbolt,
This handsome Attis whom Cybele gave new life!
The Augur examines the victim’s flank,
Earth got drunk on his precious blood . . .
The stunned universe reeled on its axis,
Olympus lurched suddenly towards the abyss.
‘Answer,’ cried Caesar to Jupiter Ammon,
Who is this new god imposed on earth?
And if he is no god, he is at least a demon . . .’
But the oracle, invoked, was silent for evermore;
Only he could explain this mystery to the world:
He who gave souls to the children of clay.

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